K – A l'origine, comment vous êtes vous retrouvés sur le projet de Masillia
G - On se rend compte que Bob Marley chante en patois jamaïquains on veut faire la même chose, on veut
être universel comme lui, en chantant des chroniques du quotidiens, des chroniques de notre quartier, on part de ça et on en a jamais dérogé. Parler de Marseille, c'est chanter en occitan, pas
se replier sur nous-même mais pour aller vers l’autre pour s' intéresser à celui qui est à 10 000 km.
K – Le Sound System, pour vous, a été un moyen plus simple pour tourner?...
G - Ouais même si on nous a pris pour des extra-terrestres au début avec nos platines, c’était pas évident. Pour nous il y avait une immédiateté qui était terrible. On avait toujours essayait
de faire du rock en vain et là en cinq cinq, on était efficace et fonctionnel parce que de suite nos Sound System ont commencé à attirer des gens et à les faire danser de manière très ludique
donc on s’est rendu compte que nous, notre fonction dans la communauté c'était ça. De fil en aiguille, c’est devenu notre activité principale.
Au début dans notre local de répète, on tâtait de la guitare, on chantait en anglais mais ça n' intéressait personne et on a découvert le hip-hop, le ragga, ça nous a fait vriller la
tête.
K – Quoi? Massilia a fait du Rock à ses débuts?...
G - Dans Massilia, on est des gens assez différents, c’est ça qui est marrant, qui ce sont réunis a un moment donné et on a toujours avancé grâce à nos différences,nos débats.
Ca à toujours était le cas, du moment où on a commencé à chanter en occitan, vu l’éradication de toutes ses cultures, ses langues. Moi on ne me l’a jamais appris à l’école que mes arrière
grand parents ne parlaient pas le français comme moi. Il fallu que je fasse du rap, du rreaggepour l’apprendre. Maintenant, nous on est toujours sur le même cheval de bataille qu’au début.
Essayer de rassembler les gens qui sont déconnectés, une société où tout est fait pour déconnecter les jeunes et les vieux. Dès le début, même en dehors des tournées, avec notre activité
associative, (Chourmo), on essaye de monter des micro évènement pour rassembler les gens, si possible sur l’espace public. Balèti, concourt de pétanque, repas de quartier, des choses
qui donnent du sens à nos chansons. Sinon c’est bien jolie des faire les beaux sur la scène.
K – Question Quizz : Qui a dit : « On est pas le produit d’un sol on est le produit de l’action qu’on y même ».
G - Félix Caston. C’est un personnage qui nous a éclairé et qui nous a donné la volonté d'être universel. C’est le local avec les murs, on parle pas occitan comme les occitanistes des années
70 qui était des mouvement refermé sur eux-même. Nous au contraire c’est pour dialoguer avec les autres. C’est un peu comme quand t’es minot que tu écoute les Stones ou Bob Marley, tu comprend
pas l’anglais mais à la tête qu’ils ont, la chanson qu' ils chantent... tu à l’impression de comprendre les paroles. Donc quand on va jouer à « Triffoulli Les Oies » et qu’on
chantent occitan ça fonctionne. On a quand même un soucis de compréhension donc on a pas mal de texte bilingue qui éclaire toujours les propos.
K – Quel est la définition du « òai » pour toi?...
G - Le òai c’est le bordel positif, faire remuer les conscience, débattre, amener la contradiction, combattre les idées préconçues. C’est être en action, c’est pas juste faire du jump up sur
scène, c’est être actif à tous les niveau. Malheureusement tout est fait pour te coller à ton canapé. Nous notre action avec le Chourmo, notre association, c’est de décoller les gens
du canapé. A l’automne il y a la castagnade, le baléti, dès qu’il y a un saint machin on essaye dans profiter. Le 1er mai on fait la sardinade des feignant sur la place de la
plaine… que des conneries en apparence mais avec ça on arrive à faire assoir une mamie avec un skater.
K – Finalement pour vous, le « Trip » intergénérationnel est vachement important?...
G - Y a que ça qui compte Coco, le reste c’est du pipo. Tout est fait pour construire des palissades entre le gens, entre les jeunes entre tout le monde. Moi je suis un grand fan de musique,
un branché tout ce que tu veux. Mais a un moment il faut vivre, il faut qu’il y ai une vie dans le quartier cohérente. Pas simplement lorsque ton voisin de palier meurt et que tu t’en rends
compte deux moi après.
K – Ca fait un quart de siècle que vous vous produisez, et forcément votre public s'est renouvelé...pardon...étendu...
G - Y a des papas de 50 balais qui viennent avec leur minots de 20 ans voir Massilia. Le père écoutais et le minot a embrayé. Et je pense que
le dialogue entre-eux c’est pas mal du coup. Nous ça nous flatte quand on voit ça. D'un autre coté, c'est l'apanage des vieux groupes. C'est comme le daron qui amène son gosse à un concert de
Johnny, t'imagines pas comme ça doit être tendu pour lui (rires)...
K – Ouai mais le combat du Massilia, c'est aussi un état d'esprit...
G - Y a pas de combat ; nous c’est la fête. On essaye de combattre l’uniformisation ambiante. Par exemple Marseille est entrain de se transformer en un Marseille Light qui serait cool pour
les investisseurs, on massacre les quartiers populaires, on vide Marseille de sa fibre essentielle .c’est un peu le phénomène qu’on constate dans toute les villes et nous ça nous
interpelle.
Non...c'est pas une lutte mais, la citoyenneté c'est aussi d’amener sa petite pierre à l'édifice. D’un autre côté, big dédicace à tout ceux qui foutent la merde. (Big dédicace à tous les
grévistes). Les solutions s’est à nous de les apporter, d’ériger des contre pouvoir.
K – On a l'impression que sur votre dernière album, vous avez pris une nouvelle orientation... Est-ce le fruit de vos expérience solo
respective?...
G - Sur les deux derniers albums de Massilia on était sur une sorte d’énorme chantier fusion tradition. Dès qu’on faisait un beat hip-hop on essayé de dénicher le mec pour le faire. Le fait
d’avoir fait des trucs solo ça nous a permis d’être un peu moins là-dessus, de faire un album à l’ancienne, un truc qui ressemble à ce qu’on fait sur scène. C’est vraiment de la musique
digitale avec les MCs, mais c’est aussi un album de fan de reggae, avec plein de facettes du reggae du roots au plus digital.
K – (Question Foireuse) Ça fait longtemps que vous êtes reconnus, vous pourriez vous
permettre de jouer dans n'importe quel lieux reconnu, pourquoi allez vous perdre dans des endroits « peu » réputé?...
G - On est toujours allé jouer dans des endroits improbables et c’est souvent dans ces endroits qui tu as les souvenirs les plus persistants. Ça nous est arrivé de faire 4 ou 5 Zenith
d'affilié en voyageant la nuit, t’arrive le matin tu sais plus où tu es. Tu peux confondre le nom de la ville en disant bonsoir sur scène. Il y a un côté aliénant de la tournée qui faut
arriver à gérer, mais j’avoue que c’est super d’aller dans la nature, nous à Marseille on a de la pollution plein les narines, ça fait du bien de pouvoir respirer un peu.
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